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Aktis Partners a donné la parole à Thierry d’Haillecourt

Passé par les plus grands noms du numérique à l’image de Microsoft, Solsoft, Toluna ou plus dernièrement Criteo, Thierry d’Haillecourt est un habitué des challenges. Responsable stratégique et opérationnel, il a chaperonné pendant près de 30 ans fonctions immobilières, financières, et services généraux dans un contexte international. Fort de son expérience terrain, Aktis Partners a souhaité lui donner la parole. Un éclairage pertinent sur l’entreprise de demain !

Touché de plein fouet par la crise sanitaire, le monde de l’entreprise a dû rapidement prendre les choses en main, parfois dans la douleur. Nous assistons aujourd’hui à l’émergence de nouvelles formes de travail. En quoi est-ce profitable pour les entreprises ?

A vrai dire l’effet Covid n’a été qu’un révélateur et un accélérateur de toutes ces pratiques. Le télétravail est l’un des exemples les plus marquants et ce n’est pas le seul ! Le collaborateur recherche depuis longtemps la flexibilité et l’agilité dans son organisation afin d’allier contraintes personnelles et professionnelles. Dans le secteur de la hight-tech qui est le mien, caractérisé par un effectif jeune et citadin, la frontière est poreuse. Le deuxième exemple probant est l’éclatement des sites qui a potentiellement boosté le concept des co-working. Ce phénomène a obligé à revoir complétement la stratégie du portefeuille immobilier ! Vient en dernier lieu la logique du « flex office » : délicate, la réduction/restructuration des espaces doit forcément s’accompagner d’une méthodologie « bureaux partagés » pour réaliser des économies de structure.

D’un point de vue bilanciel, il est évident que cette solution est très profitable pour les entreprises car elle permet de réduire les engagements financiers à long terme. Question rentabilité, elle permet aussi de délocaliser le site conventionnel vers des zones plus économiques. Et bien sûr de réduire l’espace.

Le principe de flexibilité est désormais central au sein des entreprises. Parfois encensée, boudée ou appréhendée, cette dynamique semble porter ses fruits si la réflexion qui l’accompagne va bien au-delà de la simple dimension spatiale. Comment accompagner la conduite de changement ?

Il faut bien comprendre que multiplier les sites revient à générer un clivage entre les organisations. C’est le risque majeur et il est fondamental de réinventer sa politique de gestion des ressources humaines. Le caractère animation, développement d’esprit d’équipe, renforcement du sentiment d’appartenance sont des sujets critiques. Il en va de la performance de l’entreprise !

Au niveau spatial, il est fondamental d’associer les collaborateurs dans cette nouvelle redéfinition pour une meilleure acceptation et appropriation.

 

La satellisation des espaces exige un travail de minutie en termes d’étude de coûts et d’optimisation. Comment l’appréhender ?

Tout d’abord, il s’agit d’intégrer le fait que 50% de télétravail ne va en aucun cas permettre de réduire le portefeuille immobilier de moitié.  Nous ne sommes pas dans le rapport de 1 pour 1. La restructuration des espaces nécessitera bien sûr une perte d’économie potentielle. Aussi, il est important de se faire accompagner par un spécialiste du secteur tertiaire pour identifier et optimiser les différents points du cahier des charges.

 

Face au boom du télétravail et des tiers lieux, comment préserver son identité et sa culture d’entreprise ? En bref…son âme, une notion si précieuse !

L’attractivité d’une société sur le plan du recrutement réside fortement dans son ADN et sa culture d’entreprise, et c’est encore plus vrai pour les jeunes générations. Le « great place to be/work » pèse aujourd’hui plus que jamais, donnant lieu à une compétition féroce pour attirer les meilleurs talents. C’est ici que l’entité « workplace » ( on ne dit plus « services généraux ») prend tout son sens ! Au service des collaborateurs, cette dernière a vrai un rôle stratégique. Face aux nombreux impératifs, le facteur « bien être » est donc crucial : il se traduit par des actions d’animations sur site et en virtuel, qui renforcent le sentiment d’appartenance et la convivialité : pizza party, sport, apero, cours de cuisine… tous les moyens sont bons pour créer du lien !

 

Malgré la digitalisation massive de nos sociétés et la démocratisation du télétravail, il semblerait que la crise a paradoxalement revalorisé le sens de l’humain, la quête de sens, et un certain esprit bienveillant qui donne part belle à l’intelligence émotionnelle…

Et il était temps ! Ces nouvelles technologies et organisations doivent impérativement servir l’humain. Elles ont été trop longtemps un variable de rentabilité économique servant une stratégie très courtermiste, pesant aujourd’hui sur nos sociétés occidentales…

 

Fort de 30 ans d’expérience au sein de directions immobilières et financières, quel regard portez-vous sur l’évolution du métier et ses stratégies ?

Les changements sociétaux vont obliger les directions immobilières mais aussi, et surtout les grands institutionnels, à intégrer une large part de flexibilité dans le métier. Je me suis employé pendant ces dix dernières années chez Criteo à intégrer ces codes dans les différents baux que j’ai négocié. De la durée, en passant par les clauses de sortie ou de transfert, ces éléments sont capitaux pour coordonner la vie d’une entreprise qui n’est pas toujours linéaire. L’immobilier est une variable long terme qui pèse très fort sur la rentabilité. Des temps forts ? Je dirais l’accompagnement de Criteo durant sa période de forte croissance (aux alentours de 70 % par an) où nous ouvrions deux bureaux par mois, avec en moyenne un an de durée de vie. Toute société est très cyclique, notamment dans le secteur high-tech, et il faut être réactif et prendre les bonnes décisions, au bon moment. Je peux aussi évoquer la phase de redimensionnement de notre parc immobilier qui est allé contractuellement dans le sens de l’agilité. Avoir de bonnes relations avec son bailleur est un sacré plus !

 

La direction immobilière et les ressources humaines auraient tout intérêt à travailler de concert pour repenser les bureaux de demain. Dans quelle mesure ce tandem peut-il œuvrer dans la complémentarité ?

C’est une très bonne question ! Il est évident qu’ils doivent travailler ensemble afin de réfléchir à une vision pérenne et prospère pour l’entreprise, mais aussi pour ses employés. C’est même indispensable lors d’un changement de cap. De par leur expérience en tant que collaborateurs et utilisateurs, ce tandem est gagnant ! Coté freins, j’évoquerais la problématique de la rationalité des coûts… Mais tout cela dépend énormément du schéma organisationnel de l’entité. Aux commandes de la direction financière, j’aurais tout aussi pu dépendre des Ressources humaines, que de la direction générale. En définitive, les freins et opportunités ne sont exacerbés que par les leaders à la tête de ces départements. L’esprit collectif doit primer sur l’individuel.

 

Vous connaissez sur le bout des doigts les besoins des entreprises surfant sur la technologie. A quoi ressemblerait le « bureau parfait » ?

La mobilité avec un grand « M » sera l’aspect majeur de la réussite d’une entreprise. L’immeuble doit y répondre en mettant en avant un haut degré de digitalisation et de technologie. A travers le flex office, le collaborateur devra pouvoir travailler où qu’il soit dans le bâtiment, avec une connectivité adaptée à ses besoins. Ce dernier devra aussi fournir plusieurs typologies d’aménagement (ABW-Activity Base Working)

Un des points de vigilance reste la sécurité des personnes, biens et surtout données, un protocole strict s’impose donc. Ajouté à cela un maximum d’agilité pour ne pas annihiler la mobilité des usagers…

 

Que penser du traditionnel bail commercial ?

Il est d’un autre âge, même si j’entends les besoins des institutionnels à vouloir se garantir une valorisation à long terme de leurs investissements. Si on prend l’exemple des métropoles, où les grands sièges sont implantés, les durées des baux varient entre 6 à  9 ans pour Paris, et entre 12 à 15 ans pour Londres, ce qui va à l’encontre des objectifs d’agilité… De ce constat nait un boom sans précédent des espaces de co working. Pour faire court, il y a une véritable dichotomie entre les approches des différents acteurs du marché.

 

Vous avez fait confiance à Aktis Partners dans le cadre de grands projets immobiliers pour l’entreprise Criteo. Que retenez-vous de cette expérience ?

Pour Criteo, Aktis Partners représentait le sachant capable de nous conseiller de A à Z sur nos choix stratégiques, nous aidant aussi à négocier avec les représentants des institutionnels. Il est impératif pour un directeur immobilier à responsabilité mondiale d’accepter qu’il n’a pas ou peu de connaissances du marché et des réseaux locaux. L’accompagnement est un must have pour tout projet, du plus petit au plus grand, quand bien même il y ait un coût. Un gain de temps et un maximum de retombées à long terme ! En ce qui nous concerne, ce côut a été largement compensé par la performance du binôme lors des phases de négociation. Il apparait aussi judicieux d’inscrire cette collaboration dans la durée.